Cinéma

À Angoulême, Isabelle Huppert éblouit dans le rôle d’une comédienne de l’ombre

today28 août 2026 3

Arrière-plan
share close

Cadence est au Festival du Film Francophone d’Angoulême. En ouverture lundi, Ni vue, ni connue, de Marc Fitoussi, dresse le portrait d’une comédienne que le succès a oubliée, ou n’a jamais visitée.

Un hommage aux oubliées des plateaux

En recevant son quatrième César, en 2006, pour son rôle de commandant de police dans Le Petit Lieutenant de Xavier Beauvois, Nathalie Baye avait tenu à saluer les actrices restées sur le bord du chemin. Elle avait dit sa pensée pour celles qui débutent la peur au ventre, mais surtout pour celles que le téléphone ne sonne plus, qui guettent un appel qui ne vient pas et finissent par douter d’elles-mêmes. Le plus dur du métier, avait-elle rappelé, n’est pas d’être juste devant la caméra, cela va de soi, mais de survivre aux longues traversées sans travail. C’est précisément cette cruauté que met en scène le dernier film de Marc Fitoussi, présenté lundi soir en ouverture du Festival du film francophone d’Angoulême (FFA). Le récit s’intéresse à ce moment où la reconnaissance s’est éteinte, ou n’a jamais eu lieu.

Corinne Maclou, silhouette de cinéma

Isabelle Huppert y prête ses traits à Corinne Maclou, un patronyme qu’on lui compare régulièrement, non sans dédain, à une marque de moquettes. Intermittente du spectacle, elle enchaîne les figurations pour arrondir ses cachets et compléter ses heures. Paysanne dans une fresque en costumes, secrétaire dans un cabinet d’avocats, passante anonyme : elle traverse les plans, se dissout dans le décor et patiente des heures durant avant qu’un régisseur ne consente enfin à l’appeler, pour un passage muet, sans la moindre réplique à défendre.

Le talent, Corinne l’a. Mais elle semble bien seule à en être convaincue. Décidée à décrocher un vrai rôle, elle glisse son CV à tous ceux qu’elle croise sur son passage. Entre deux réglages, elle tente même une approche auprès de Sandrine Kiberlain, épatante dans son propre rôle, croisée sur le même tournage, dans l’espoir que la vedette lui ouvre une porte vers la lumière.

L’illusion ne dure pas. Dans cette « grande famille du cinéma », l’entraide bute vite sur la concurrence et les rivalités sans pitié. Le talent, comme le suggérait Nathalie Baye, ne suffit jamais : à la loterie de la notoriété, les élus se comptent sur les doigts d’une main et la multitude reste à quai. Corinne parviendra-t-elle à percer ? La réponse attendra le 7 octobre, date de la sortie en salles.

Une ouverture qui a fait le plein

Programmé hors compétition et en avant-première, le film a été projeté lundi lors de la cérémonie d’ouverture et, simultanément, dans onze salles de la ville. L’accueil a été chaleureux : Isabelle Huppert, Sandrine Kiberlain et l’équipe avaient fait le déplacement, à la grande satisfaction d’un public venu s’offrir une dernière razzia de cinéma avant la rentrée.

Car le FFA reste avant tout un rendez-vous populaire : tous les films, y compris ceux de la sélection, s’ouvrent aux spectateurs. L’an passé, 65 000 personnes avaient rempli les salles angoumoisines. Dominique Besnehard et Marie-France Brière, fondateurs et piliers de la manifestation, espèrent battre ce record pour cette dix-neuvième édition, dont le Cambodge est l’invité d’honneur et le jury présidé par Franck Dubosc, le palmarès étant attendu pour samedi soir.

Une semaine dense avant la clôture

Au menu : dix longs-métrages francophones en lice et une vingtaine d’avant-premières, parmi lesquelles Les héros du Louvre d’Élie Chouraqui ou Changer l’eau des fleurs de Jean-Pierre Jeunet. S’y ajoutent un cycle en hommage à Nathalie Baye — onze films et une exposition, alors qu’une place de la ville porte désormais son nom depuis le 20 août, des masterclass réunissant notamment Charlotte Gainsbourg et Cécile de France, une séance familiale autour de Ducobu et le fantôme de Saint-Potache avec Élie Semoun et Gérard Jugnot, un focus sur le cinéma cambodgien et une rétrospective Jean Marboeuf.

Fidèle à son goût de la mise en abîme, le festival, ouvert par un film sur le cinéma, se refermera de la même manière samedi soir avec Dix pour cent, prolongement de la série, à retrouver le 10 septembre sur Netflix, porté par Camille Cottin, Laure Calamy, Laetitia Casta, Vincent Macaigne et toute l’agence ASK.

Écrit par: Loic Couatarmanach

Rate it