Cinéma

Festival Lumière : Clara Bow, John Barrymore et l’étonnante modernité du cinéma muet

today18 octobre 2026 24

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Deux films hollywoodiens de la fin des années 1920, deux restaurations exceptionnelles et deux destins de stars. Avec Le Coup de foudre (1927) et Tempête (1928), le Festival Lumière nous replonge dans l’âge d’or du cinéma muet, entre émancipation féminine, modernité stupéfiante et malédiction d’une dynastie hollywoodienne.

Clara Bow, la première « It Girl » d’Hollywood

Clara Bow in It (1927) © Paramount

Samedi 17 octobre, l’Auditorium de Lyon accueillait un véritable événement cinéphile : la projection du Coup de foudre (It, 1927), de Clarence Badger, présentée par Thierry Frémaux et accompagnée à l’orgue par Gabriele Agrimonti.

À l’écran, Clara Bow, immense star des Années folles, incarne une jeune vendeuse bien décidée à séduire son patron. Avec son charme, son audace et son indépendance, celle que l’on surnomme la première « It Girl » d’Hollywood impose une figure féminine d’une étonnante modernité.

Car ce cinéma de 1927 ose encore représenter des femmes libres de leurs désirs, avant que le code Hays, adopté en 1930 et appliqué strictement à partir de 1934, ne vienne encadrer durablement la sexualité et les mœurs sur les écrans américains.

Près d’un siècle plus tard, le personnage de Clara Bow conserve une résonance saisissante. Jusqu’à inspirer Taylor Swift, qui lui consacre une chanson sur son album The Tortured Poets Department (2024). En convoquant également la figure de Stevie Nicks, la chanteuse interroge la manière dont l’industrie du divertissement fabrique ses icônes féminines, les célèbre, puis les remplace au profit de nouvelles générations.

Une réflexion toujours actuelle sur la célébrité, les injonctions faites aux femmes et leur difficulté à maîtriser leur propre image.

La projection lyonnaise constituait par ailleurs un événement exceptionnel : la deuxième présentation mondiale d’une nouvelle restauration du film, après San Francisco. Réalisée par Paramount Archive et Artcraft Pictures, avec le concours de James Mockoski, cette version redonne tout son éclat à la comédie de Clarence Badger. L’accompagnement improvisé en direct par Gabriele Agrimonti achevait de recréer la magie des séances de cinéma d’autrefois.

 

John Barrymore, une légende hollywoodienne et sa dynastie maudite

Autre trésor ressuscité, Tempête (Tempest, 1928), réalisé par Sam Taylor et présenté au Festival Lumière par Serge Bromberg.

Produit par Joseph Schenck pour United Artists, ce drame situé dans la Russie révolutionnaire voit le jour à une période charnière de l’histoire du cinéma. En 1927, Le Chanteur de jazz bouleverse Hollywood et précipite l’avènement du parlant. Tempête appartient à cette génération de films muets auxquels on ajoute désormais une bande musicale et des effets sonores synchronisés, grâce au procédé Vitaphone.

Presque cent ans plus tard, retrouver cette œuvre sur grand écran relève du miracle patrimonial. Sa restauration, entreprise à l’initiative de Turner Classic Movies, a nécessité un minutieux travail de reconstitution, notamment à partir d’une copie personnelle de John Barrymore conservée à l’UCLA Film Archive et d’éléments 16 mm issus des archives Blackhawk.

Mais derrière cette renaissance cinématographique se dessine aussi le destin tourmenté de son interprète principal.

John Barrymore appartient à l’une des plus illustres dynasties de comédiens américains. Frère d’Ethel et de Lionel Barrymore, il connaît une gloire immense avant de sombrer progressivement dans l’alcoolisme. Il meurt en 1942, à seulement 60 ans.

Un destin tragique qui semble annoncer les démons poursuivant plusieurs générations de cette famille hollywoodienne. Sa petite-fille, Drew Barrymore, propulsée enfant au rang de star mondiale grâce à E.T. l’extra-terrestre (1982), connaîtra elle aussi très jeune les ravages de l’alcool et de la drogue, avant de parvenir à reconstruire sa vie et sa carrière.

De John à Drew Barrymore, cette dynastie incarne ainsi les deux visages de la célébrité hollywoodienne : le prestige d’un héritage artistique exceptionnel et le poids parfois destructeur d’une notoriété transmise de génération en génération. Une véritable malédiction familiale, dont Drew Barrymore a toutefois réussi à briser le cycle.

Quand la restauration révèle la modernité du cinéma d’hier

À travers ces deux projections, le Festival Lumière rappelle que la restauration cinématographique ne consiste pas simplement à sauver des images anciennes de l’oubli.

Elle permet de redécouvrir des œuvres dans des conditions proches de leur splendeur originelle, mais surtout de mesurer à quel point elles continuent de dialoguer avec notre époque.

Avec Clara Bow, c’est la liberté féminine, la fabrication des célébrités et le regard porté sur les femmes qui trouvent un écho étonnamment contemporain. Avec John Barrymore, c’est l’envers du rêve hollywoodien, ses excès et les blessures héritées de la célébrité, qui traversent les générations.

Écrit par: Jérôme Ferron

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