Cinéma

Golden Globes 2026 : quand la cérémonie parle plus TikTok que cinéma

today13 janvier 2026 26 5

Arrière-plan
share close

Snoop Dogg au micro. Des pins politiques plutôt que des discours enflammés. Un prix du meilleur podcast. Et Nikki Glaser qui transforme le monologue d’ouverture en performance calibrée pour les réseaux. Les Golden Globes 2026 ont parfois donné l’impression de parler le langage de TikTok plus que celui du cinéma. Et pourtant, le palmarès, lui, raconte une histoire bien différente.

Dimanche soir, au Beverly Hilton, la 83e cérémonie a mis en lumière un paradoxe de plus en plus visible : jamais les formats n’ont autant évolué, jamais les œuvres récompensées n’ont été aussi solidement ancrées dans une tradition d’auteur.

Une cérémonie au cœur de la saison des awards

Depuis le 4 janvier et les Critics Choice Awards, la saison des récompenses s’est remise en marche. Elle se prolongera avec les SAG Awards, les BAFTA, puis culminera le 15 mars prochain, au Dolby Theatre de Los Angeles, pour les Oscars.
Dans cette mécanique bien huilée, les Globes jouent un rôle clé : celui de premier grand baromètre culturel, capable de lancer ou d’infléchir une trajectoire.

Cette année encore, ils ont donné le ton. Mais pas forcément là où on les attendait.

Un palmarès qui raconte une autre histoire

C’est là que le décalage devient intéressant.
Car pendant que la cérémonie s’organise comme une fabrique à mèmes, le palmarès, lui, dessine une trajectoire presque inverse.

« Une bataille après l’autre » de Paul Thomas Anderson domine largement la soirée, avec plusieurs récompenses majeures, notamment pour célébrer le talent de Teyana Taylor en tant que meilleure actrice second rôle. Artiste multi-facettes (chanteuse, chorégraphe, actrice mais aussi réalisatrice, mannequin) dont le discours poignant fut l’un des grands moments de la cérémonie. Un film dense, exigeant, traversé par une violence sourde et une ambition formelle assumée. Pas exactement le type d’œuvre pensée pour le découpage algorithmique.
PTA s’impose pourtant comme l’un des grands favoris de la saison, rappelant qu’un cinéma d’auteur ambitieux peut encore occuper le centre du jeu.

Face à lui, « Hamnet » de Chloé Zhao s’impose comme meilleur film dramatique. Cette production Amblin (Steven Spielberg) est une adaptation délicate, portée par l’interprétation bouleversante de Jessie Buckley, sacrée meilleure actrice. Deux sensibilités très différentes, mais un même signal : la vision prime encore sur la formule.

Timothée Chalamet, enfin récompensé pour « Marty Supreme », a livré un discours étonnamment sobre, presque en retrait par rapport à sa campagne promotionnelle ultra-visible. Comme un rappel discret que, derrière la performance médiatique, le jeu d’acteur reste le cœur du sacre.

Séries : le triomphe du méta et de l’audace

Côté télévision, la tension est la même.

« The Studio », la satire d’Hollywood signée Seth Rogen et Evan Goldberg, s’impose comme l’une des grandes gagnantes. Une série qui regarde l’industrie se regarder elle-même et qui est récompensée par l’institution qu’elle met en scène avec ironie. La mise en abyme est totale : une série qui moque les Golden Globes est célébrée par eux.

Autre signal fort : « Pluribus », le retour de Vince Gilligan (« Breaking Bad », « Better Call Saul »). Une série de science-fiction conceptuelle, presque austère, qui privilégie la complexité à l’immédiateté. Rien de particulièrement viral. Et pourtant, une reconnaissance institutionnelle forte, couronnée par la récompense de Rhea Seehorn, enfin consacrée après des années d’oubli.

« The Pitt » (HBO) s’est imposée comme meilleure série dramatique, tandis que la mini-série « Adolescence » (Netflix) a marqué la soirée, confirmant que des récits exigeants peuvent encore émerger dans un paysage saturé.

Le spectacle dans les marges

Mais si le fond résiste, la forme a muté.

Les Golden Globes ne se jouent plus seulement sur scène. Ils se jouent dans les marges : entre deux plans de coupe, pendant les pauses commerciales, sur les téléphones de millions de spectateurs qui scrollent en même temps qu’ils regardent. Sur TikTok. Sur X. Dans les stories et les threads.

DiCaprio qui imite Chase Infiniti. Sean Penn qui allume une cigarette en pleine salle comme si les années 1990 n’avaient jamais pris fin. Une supposée carte de table « Kylie Jenner-Chalamet » qui enflamme les réseaux avant d’être démentie. Les Golden Globes produisent désormais du contenu viral tout autant qu’ils célèbrent le septième art.

Nikki Glaser, pour sa deuxième année consécutive à l’animation, a parfaitement compris l’exercice. Les blagues ne ponctuent plus la soirée : elles en deviennent l’ossature. Chaque punchline est pensée pour circuler, chaque réaction filmée devient potentiellement un extrait viral.

Ce glissement ne dit pas que les Golden Globes ont abandonné leur mission. Il montre qu’ils cherchent à la faire exister dans un nouvel écosystème de l’attention, où le prestige seul ne suffit plus.

Le politique en mode signal

Autre mutation visible : la place du politique.
Pas de grands discours cette année, mais des signes. Des pins épinglés sur des robes et des smokings “Be Good”, “ICE Out”, portés par Mark Ruffalo, Jean Smart, Natasha Lyonne ou Ariana Grande.

Là encore, il ne s’agit pas tant d’un effacement que d’un déplacement. Le message passe par l’image, par le symbole, par ce qui peut circuler rapidement. L’engagement devient visuel, presque graphique, dans un espace devenu hypersensible au moindre débordement discursif.

Une cérémonie comme laboratoire culturel

L’introduction d’une catégorie « Podcast de l’année » a suscité débats et critiques. Mais elle révèle surtout une chose : les Golden Globes ne cherchent plus seulement à cartographier un champ artistique, ils tentent de suivre les usages.

Même logique avec le sacre de « KPop Demon Hunters » comme meilleur film d’animation et meilleure chanson originale. Une œuvre hybride, taillée pour circuler entre plateformes, charts musicaux et réseaux sociaux.
Les Golden Globes ne récompensent plus seulement des œuvres. Ils récompensent aussi des moments.

Ce que racontent vraiment les Golden Globes 2026

Au fond, les Golden Globes 2026 ne racontent ni la fin du cinéma, ni l’effacement des séries.
Ils racontent l’état de notre attention.

Un monde où des œuvres ambitieuses doivent désormais cohabiter avec leurs échos numériques. Où un film de Paul Thomas Anderson peut triompher tout en partageant l’espace médiatique avec un mème ou une punchline. Où la reconnaissance artistique continue d’exister, mais doit composer avec des formats plus rapides, plus fragmentés.

Les Golden Globes ne parlent plus seulement au public.
Ils parlent avec lui.

Et derrière le bruit, le palmarès le confirme : les auteurs sont toujours là, les récits aussi.
Simplement, la manière de les célébrer est en train de changer.

La question n’est donc pas de savoir si les cérémonies racontent encore des histoires. Mais comment ces histoires circulent désormais, entre une salle, un écran, et des millions de téléphones allumés en même temps.

Écrit par: Jérôme Ferron

Rate it

Commentaires d’articles (0)

Laisser une réponse

Votre adresse email ne sera pas publiée. Les champs marqués d'un * sont obligatoires