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Il est 2 heures du matin, au début des années 1990. Un étudiant de Skidmore College (État de New York) soude une sculpture abstraite de 3,6 mètres, une silhouette humaine qui tend les bras vers le ciel. Il s’appelle Josh D’Amaro. Il veut devenir artiste.
Cette nuit-là, entre deux arcs de soudure, une pensée le paralyse : Comment vais-je faire vivre une famille avec ça ?
Il termine quand même la sculpture. Puis il quitte Skidmore, s’inscrit à Georgetown en administration des affaires, et enterre son rêve d’art pour toujours.
Quarante ans plus tard, ce même Josh D’Amaro vient d’être nommé PDG de The Walt Disney Company.
En ce mardi 3 février 2026, le groupe Disney annonce la succession tant attendue : D’Amaro remplacera Bob Iger le 18 mars prochain. Les analystes parlent chiffres. 36 milliards de dollars de revenus annuels pour sa division. 60 milliards d’investissements dans les parcs. Le plus gros profit center de l’entreprise.
Ce qu’ils ne mentionnent pas : Josh D’Amaro est probablement le seul PDG du Fortune 500 à se faire régulièrement demander des selfies par ses propres clients.
169 000 abonnés sur Instagram. Des comptes TikTok entièrement dédiés à le repérer dans les parcs. Des visiteurs qui le reconnaissent dans les files d’attente, sur Main Street, devant le château. Une touriste de Caroline du Nord l’a arrêté à l’entrée de Disneyland parce qu’elle l’avait vu dans les vidéos de bienvenue de son hôtel. Une choréographe Disney lui a crié « Hey Josh ! T’es déjà rentré de Tokyo ? » en plein milieu d’une allée bondée.
Sur les forums de fans, on dissèque son style vestimentaire. Sur TikTok, des créateurs se décrivent sans ironie comme des « Josh D’Amaro fan accounts ».
Bob Iger était respecté. Bob Chapek était détesté. Josh D’Amaro, lui, est reconnu.
Il y a une phrase que D’Amaro répète à chaque prise de poste. Pas un slogan corporate. Juste trois mots : « I don’t know. »
Je ne sais pas.
« Une carte de visite avec un titre, ça donne une certaine importance. On finit par s’identifier à cette identité, mais ça ne nous définit pas », expliquait-il à des étudiants de Georgetown en 2025. « Maintenant, chaque fois que j’arrive dans un nouveau job, je dis : ‘Je ne sais pas.’ Mais je sais que vous, vous savez. Et je sais que je peux vous aider. »
Cette philosophie vient d’un échec cuisant. Sa première grande promotion chez Disney, début des années 2000. Premier meeting avec son équipe. Il débarque avec des réponses à tout. Il donne des directives. Il joue au chef. Problème : ses directives sont fausses.
Après la réunion, il demande aux cadres seniors pourquoi personne ne l’a corrigé. Leur réponse : « Tu n’as pas demandé. »
Le sculpteur de Skidmore avait appris à créer seul, la nuit, face à son matériau. Le manager de Disney a dû apprendre l’inverse : s’effacer pour que les autres créent.
Réduire D’Amaro à un « homme des parcs » serait une erreur. Ce qu’il a construit ces dernières années dépasse les manèges et les hôtels.
En 2024, c’est lui qui a poussé Disney à investir 1,5 milliard de dollars dans Epic Games pour créer un univers Disney à l’intérieur de Fortnite. Pas une simple collaboration marketing. Un écosystème persistant où Marvel, Star Wars, Pixar et les classiques Disney cohabitent dans un monde jouable par 650 millions d’utilisateurs.
« On envisage ça comme un univers, pas juste un jeu », expliquait D’Amaro en 2024. « Un endroit où les fans peuvent venir interagir 365 jours par an. »
Mais le détail qui change tout a été révélé discrètement à SXSW 2025 par un Imagineer de Disney : ce que les visiteurs font dans les parcs physiques pourra affecter leur expérience dans le métavers Fortnite. Montez à bord du Millennium Falcon à Galaxy’s Edge, et quelque chose se débloque dans votre univers numérique.
Le parc devient une interface. Le physique nourrit le digital. Le visiteur n’est plus un client, c’est un joueur qui traverse les mondes.
D’Amaro n’est pas un conservateur de l’héritage Disney. C’est l’architecte d’une convergence que personne d’autre n’a encore tentée à cette échelle.
Voilà le nœud de l’affaire. Josh D’Amaro a renoncé à être artiste parce qu’il ne voyait pas comment en vivre. Et il s’apprète à diriger la plus grande usine à rêves du monde, un empire bâti sur des artistes, des Imagineers, des scénaristes, des animateurs.
Son prédécesseur immédiat, Bob Chapek, venait aussi de la division parcs. Il a duré moins de trois ans. Son péché capital : ne pas comprendre les créatifs. Parler leur langue sans la parler vraiment. Les fans l’ont senti. Les employés l’ont senti. Hollywood l’a senti.
D’Amaro arrive avec le même CV, parcs, resorts, merchandising, mais avec quelque chose que Chapek n’avait pas : une cicatrice créative. Quelque part dans son histoire, il y a une sculpture de 3,6 mètres abandonnée. Un rêve qu’il a tué lui-même.
Peut-être que c’est pour ça qu’il se balade encore dans les parcs. Qu’il connaît les prénoms des Cast Members. Qu’il se laisse photographier par des inconnus entre deux réunions. Une façon de rester connecté au sol, aux gens, à ce qui se passe vraiment quand quelqu’un entre dans un univers Disney, physique ou numérique, et décide de croire à la magie.
Ou peut-être qu’il cherche encore sa sculpture. Celle qu’il n’a jamais pu montrer à personne.
Dans 43 jours, Josh D’Amaro prendra officiellement les commandes d’un empire en mutation. Streaming déficitaire à consolider. Guildes hollywoodiennes sur le pied de guerre. Un deal controversé avec OpenAI. Un parc à construire à Abu Dhabi, dans un pays où les droits humains posent question.
Dans son bureau de Burbank, cinq portraits en noir et blanc de Walt Disney ornent le mur face à son écran. « Je les regarde tous les jours, au-delà de mon ordinateur, pour me rappeler la responsabilité qui m’incombe », confiait-il à Fortune en 2024.
Michael Eisner a sauvé Disney du naufrage dans les années 80 et l’a érigé parmi les majors dans les années 90. Bob Iger l’a ensuite transformé en empire. Tous deux ont dû répondre à la même question impossible : comment succéder à un mythe ?
D’Amaro sera le huitième homme à s’asseoir dans ce fauteuil depuis le décès de Walt. Le premier à y arriver avec, quelque part dans sa mémoire, une sculpture de 3,6 mètres qu’il n’a jamais montrée à personne.
Walt Disney a passé sa vie à transformer des croquis en châteaux. Josh D’Amaro a passé la sienne à renoncer au croquis pour construire les châteaux des autres.
Reste à savoir si, en regardant ces cinq portraits chaque matin, il y verra des fantômes à honorer. Ou une dette à rembourser.
Écrit par: Jérôme Ferron
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